Le tour de L’île inventée

L’exposition L’île inventée s’installe à la Bibliothèque de Québec jusqu’au 5 juillet 2026. L’autrice Christiane Vadnais nous parle de cette proposition unique et poétique qui brouille les frontières entre la fiction et la réalité, pour le plus grand plaisir du public.
- Q. L’île inventée est une uchronie. Pouvez-vous expliquer en vos mots ce qu’est une uchronie et nous présenter celle-ci en particulier?
Une uchronie, c'est une histoire qui nous raconte non pas ce qui a été, mais ce qui aurait pu être. L'île inventée est une uchronie basée sur deux explorateurs du 19e siècle, le botaniste québécois Alcide Lachance et la journaliste nantaise Charlotte Sémafore, qui auraient rêvé ensemble d'une cité idéale, créée sur une île de l'Atlantique Sud. Cette civilisation utopique aurait duré de 1865 à 1940 et aurait développé un lien particulier avec les plantes.
Avec l'exposition de L'île inventée, on matérialise ce qu’aurait été cette civilisation. Donc on va y trouver, par exemple, une carte de l'île, des artefacts comme des outils de cuisine, des dessins de plantes, des contes qui auraient été préservés dans le sol grâce à une discipline imaginaire qui s'appelle l'archéologie sonore.
J’ai aussi écrit un livre, L’île inventée, construit autour du témoignage d'une habitante de cette île qui revient sur la scission entre les personnes voulant garder la civilisation fermée et celles voulant rétablir un contact avec le monde.
- Q. Quel est le point de départ de votre participation dans ce projet collectif au long cours?
L'île inventée, c'est un projet qui a été lancé par deux Nantais, Jérôme Fihey et Maxime Labat, de l’association Arkham sur Loire. Le point de départ de tout cet univers, c'est que même dans le 19e siècle industriel, il y avait déjà des idées écologistes qui étaient présentes, des gens qui voulaient vivre autrement. Elles font partie de nos racines au même titre que d'autres idées plus dominantes qui donnent parfois l’impression de nous écraser.
J'ai été mise en contact avec Jérôme et Maxime par le coproducteur québécois du projet, Rhizome. Puis, je suis allée à Nantes les rencontrer. On a développé l'histoire ensemble à partir de leurs idées.
J’ai été très inspirée par le personnage de Charlotte Semafore, une aventurière du 19e siècle qui est, à l'image de plusieurs pionnières, malheureusement peu connue. C'est un personnage toujours prêt à un nouveau départ, même à un âge avancé. Ça m'a beaucoup interpellée.
- Q. Avez-vous abordé différemment l’écriture de L’île inventée, sachant que le texte serait abondamment illustré et qu’il en découlerait des expositions et des activités avec le public?
Sachant que les textes seraient liés à une exposition, je les ai approchés comme des artéfacts. Chacun se présente comme un objet réel venu du monde imaginaire. Je pense par exemple au témoignage d’Andsie Lou, le personnage qui a vécu sur l'Île inventée, ou aux commentaires des archéologues qui ont découvert l'île.
Dans ce projet, on imagine une civilisation, donc on peut lui inventer une religion, une façon de fonctionner, des rites, des rituels. Les thèmes peuvent se multiplier à l'infini.
Pour l'exposition à Gabrielle-Roy, on s’est lancé dans les rituels culinaires. Quelle était la façon de faire des recettes? De quelle façon faut-il travailler avec les ingrédients particuliers qui existaient sur cette île-là?
- Q. Quelles sont les activités de L’île inventée qui seront présentées à la Bibliothèque de Québec ce printemps?
Il y a d’abord l’exposition qui propose un point de vue scientifique sur cette civilisation utopique. On la présente avec ses objets, sa géographie, ses personnages. Ça prend la forme d’un retour d'expédition sur l’Île inventée, expédition organisée par deux archéologues qui s'appellent Louis-Émilie Grenier et Flavie Ruse.
Il y aura aussi des ateliers de création en arts visuels avec Carol-Ann Belzil-Normand qui vont être présentés. Moi, je vais donner des ateliers d'écriture sur le genre littéraire de l'utopie, centré sur une vision positive des choses.
Les activités seront lancées le 9 mai avec un grand banquet utopiste à la bibliothèque Gabrielle-Roy. Sophie Grenier Héroux va matérialiser des recettes poétiques auxquelles il sera possible de goûter. Il y aura aussi des présentations de l'île, des lectures, une conteuse. Ce sera un après-midi à l'image de la folie de l’Île inventée.
- Q. L’ensemble de cette œuvre navigue habilement entre fiction et réalité. Avez-vous une préférence entre ces deux mondes?
Ça fait à peu près une dizaine d'années que j'écris et je me suis rendu compte que je n'étais pas du tout une écrivaine réaliste. J’ai choisi la littérature parce que j'aime l'imagination. Je crois que l'imagination, ça ouvre des possibles, ça nous fait voir le monde non pas tel qu'il est, mais tel qu'il pourrait être. En ces temps assez incertains, imaginer un monde idéal, ça fait du bien. C'est un projet qui est beaucoup dans la joie, dans la poésie.
Pour moi, une utopie, ce n’est pas fixe, un idéal auquel qu'on voudrait atteindre, mais vraiment plus un mouvement d'élan, une fiction qui nous met dans un désir d'avancer. Ça nous dit qu’un autre monde est possible.
Est-ce que je me prends au jeu? Oui, jusqu'à un certain point. Évidemment, je sais que c'est de la fiction, parce que c'est moi qui la crée avec d'autres personnes. Mais en même temps, écrire et lire là-dessus, ça finit par nous habiter et ça nous transforme d'une certaine manière.
Bref, c'est un jeu sérieux, mais il y a un réel plaisir à y croire!
Consultez la programmation de l’exposition L’île inventée, présentée jusqu’au 5 juillet 2026 dans les bibliothèques Charles-H.-Blais, Félix-Leclerc, Gabrielle-Roy, Monique-Corriveau et Paul-Aimé-Paiement. L’entrée est gratuite.